Jean Claude Grandidier Ph.D, Msc.D
Psychologue, Nancy, (FRANCE)
A l'heure où même notre planète semble réagir à l'inconséquence des hommes par des
dérèglements climatiques ou cataclysmiques (cyclones, tsunami, canicule, épidémies…),
que la violence guerrière et meurtrière une fois de plus se déchaîne, le métaphysicien
ne peut-il pas se sentir en porte-à-faux par rapport à son optimisme sacré? Ou à tout
le moins se morfondre dans la peau du coureur de fond qui s'essouffle à vouloir atteindre
un but qui s'éloigne ? Que lui reste-t-il à comprendre en se regardant dans ces miroirs
géants de la nature et du collectif ? Nous sommes tous Un. Par conséquent il est inutile
de se voiler la face en éludant nos responsabilités individuelles et collectives à quelques
niveaux que ce soit. Comme chacun sait maintenant la paix et l'harmonie sont d'abord
à conquérir à l'intérieur de soi.
De même que les enfants ne grandissent pas de façon régulière et continue, il semble que la croissance spirituelle se fasse par à coups, par cycles. A l'intérieur de ces manifestations certaines périodes peuvent donner l'impression d'une continuité temporaire, provoquant des manifestations euphoriques (œuf aurique) de progrès, de développement, d'harmonie. Et de tels états d'âme nous poussent encore à l'envie de plus de méditation, de visualisation créatrice, d'affirmations positives, ou à pratiquer d'autres techniques appartenant à notre champ. Mais que se passe-t-il lorsque l'impression de stagner, voire de reculer ou de régresser apparaît ? Dans toutes les voies spirituelles et évolutives il semble y avoir une dynamique de mort-renaissance. Dés que l'on se sépare d'anciens schémas de pensée ou d'être, que l'on quitte une identité devenue inutile, une renaissance se produit. Et ceci plusieurs fois au cours de la vie, jusqu'au moment où l'on quitte l'enveloppe physique actuelle par le processus appelé mort, qui n'est qu'une transformation parmi d'autres. Jean de la Croix utilisa le premier l'expression " nuit-obscure " pour exprimer un tel phénomène de mort-renaissance spirituelle. Période de doute, d'incertitude, de désespoir, rencontrée par main cheminant spirituel, n'effaçant toutefois pas la marque de la présence divine. Il y a peut-être ici le prix à payer pour installer un vide permettant à la plénitude de l'Energie Divine d'occuper plus de terrain. De plus, certains chercheurs de vérité clament que la lumière sort de par sa propre vertu des ténèbres.
Dans de telles périodes l'effort de volonté s'avère peu efficace, de même que les exercices de la métaphysique appliquée semblent plus difficiles d'accès. Toutefois l'occasion est propice à traverser une zone douloureuse, à rencontrer des patterns négatifs, à s'occuper de blessures du passé non encore travaillées. Si l'on y veille cependant, une introspection suffisante permet de contacter de nouveaux niveaux de conscience ainsi qu'une nouvelle lucidité. Et l'on sait alors qu'une partie pourrait en être contrôlée par l'esprit conscient, tandis que ce qui est plus tenace peut être livré à une transformation par l'Agent Curatif Naturel de l'esprit. Le paradoxe c'est d'être conscient du mal-être, dans une mystique de l'adhésion et de la présence, tout en continuant à se sentir relié à la Conscience Suprême. Et dans ce contexte, l'on pourra certainement méditer et comprendre cette déclaration de C.G.Jung : " Ce n'est pas en regardant la lumière que l'on devient lumineux, mais en contemplant son ombre, ce qui est beaucoup moins populaire parce que plus difficile. " Parfois lorsque même les mots manquent à pouvoir dire, exprimer, expliciter l'état intérieur, il reste la musique, à la fois source et produit de l'âme. Comme cette tradition de la Nouvelle Orléans qui fait alterner dans le cortège funèbre mélodie lancinante et rythmes joyeux, afin de ne pas laisser famille et amis trop désemparés et leur insuffler courage et goût de la vie. L'évolution et la croissance de l'esprit peuvent être plus facilement comparés à une spirale qu'à une ligne droite et,en ce sens,le mouvement rétrograde ne redescend pas aussi bas qu'au tour précédent. Par ailleurs même si nous nous efforçons d'avoir une pratique quotidienne juste, cela n'a pas toujours été le cas, notre subconscient est certainement encombré de nuisances d'un passé plus ou moins lointain, voire très ancien.
Avec en prime le constat de Thomas d'Aquin : " Tout est reçu selon le mode de celui qui reçoit. " De toute façon, la loi de non-permanence apporte la consolation que les revers temporaires sont temporaires ." De son côté Karlfried Graf Durkheim, philosophe-psychologue- maître de méditation Zen écrivait : " Une attitude d'accueil à l'épreuve douloureuse, qu'il faut traverser pour libérer son essence, fait de l'homme l'allié de l'Etre divin. " La réceptivité à certaines énergies supraconscientes peut être vécue comme gratifiante, et c'est bien ainsi d'en faire l'expérience, à condition de ne pas se laisser déborder et de garder la tête sur les épaules. Car ce peut-être aussi le risque éventuellement dangereux d'accueillir une trop grande perméabilité aux courants généraux souterrains,à ce que Jung nommait l'Ombre collective. Le mouvement de flux et de reflux des vagues de l'océan nous donnent une leçon gratuite, naturelle autant que salutaire, nous laissant deviner que les états lumineux ont leur contrepartie, du moins tant que nous sommes encore sur le plan de la dualité, en attendant d'être dans ce niveau de pure lumière corrélée avec l'accomplissement de soi. Pour terminer voici une citation du YI JING ou livre des changements qui est le texte fondateur de la pensée chinoise il y a 3500 ans.
Il s'agit de l'hexagramme 36 : " Lumière obscurcie est une situation d'étouffement, une oppression pénible dont il fait se protéger de manière intelligente et endurante afin que les talents et capacités propres ne soient pas définitivement annihilés. " Pour être encore plus concis, je dis simplement PERSEVERANCE.