Le dictionnaire nous dit que "recueillir" signifie entre autres "rassembler, concentrer".
C'est en effet essentiellement l'acte par lequel je me ressaisis comme unité.
Ce ressaisissement, cette reprise se fait dans la détente, dans l'abandon et plus exactement
"détente en présence de ..." et "abandon à ..." sans que l'on soit obligé de faire suivre
ces prépositions d'un soubstantif. Chacun et chacune trouvera le nom qui lui parle.
Le recueillement est une réflection intérieur et il y aurait lieu de se demander s'il ne
faudrait pas voir en lui le fondement métaphysique de la mémoire, le principe d'unité effective et irreprésentable
au niveau du mental, sur lequel repose la possibilité même du souvenir. L'expresssion
anglaise "to recollect oneself" est révélatrice de cet aspect.
Se recueillir, rentrer en soi-même ne signifie pas se mirer narcissiquement en soi, se retirer,
s'abstenir du monde dans le sens de le laisser ou le délaisser. Ce n'est pas non plus le repli
sur soi lié à la crispation, à la contraction volontaire qui est inséparable de lorgueil.
Parce qu'elle manifeste l'intervalle entre mon être, entre le "Je suis" et ma vie empirique,
la possibilité de recueillement est sans doute un indice révélateur de notre nature métaphysique profonde.
Au sein du recueillement, je me mets en état de prendre position en face de ma vie, je m'en
retire en quelque sorte mais je l'emporte avec moi dans cette retraite ce que je suis et ce que
peut-être ma vie n'est pas.
Je suis en même temps acteur, témoin et créateur de mon existence, capable de m'engager complèetement dans celle-ci
sans m'y perdre, sans m'y réduire. Je ne suis pas extérieur au monde et à moi-même
car dans le recueillement, je transcende l'opposition du dedans et du dehors.
En me recueillant, j'impose d'abord silence aux voix criardes des désirs et de l'impulsion
qui emplissnent ordinairement ma conscience. Mais ce silence n'est pas le vide, il présente une valeur positive.
Loin d'être une simple absence,il est une plénitude qui se rétablit par la résorption
ou le refoulement du bavardage. D'ailleurs, le langage lui-même ne trouve sa valeur
réelle qu'à la condition d'être issu de la plénitude du silence. Il réfracte alors la Parole Transcendante, le Verbe.
Dans l'amour il y a plus de silence que de paroles. Dans la poésie et dans la foi également: dans tout ce qui est mystère,
naturel ou surnaturel.
Pour m'évader vraiment et me récupérer, je dois me rejoindre. Le recueillement, c'est l'unification intérieure,
la consonance avec soi-même. Quand je dis "évaluer", je ne pense pas "juger" car le recueillement va au delà de tout
jugement et de toute représentation mentale. Rentrer en soi dans le sens de se recueillir veut dire:
s'élever au-dessus du plan où l'on juge par rapporat au (moi)en se prenant "soi-même"
comme centre. Par conséquent, le recueillement est la condition indispensable non seulement
de l'unification intérieure mais aussi de toute union profonde avec les autres.
L'espérience montre que l'homme qui ne parvient pas à communiquer avec autrui est d'abord quelqu'un
qui n'est pas en contact intime avec lui-même, quelqu'un qui n'a pas une véritable vie intérieure.
"Rentrer en soi" par le biais du recueillement ou de la méditation veut donc dire aussi:"Sortir de soi".
Rentrer en soi par le recueillement véritable, c'est passer du "moi" enfermé dans ses
caractéristiques et ses contidionnements au "Je" profond, ouvert, originel, seul capable
de participer au mystère de l'être et de l'éternité. Il en découle que le recueillement est le centre et le point
d'appui en même temps que la manifestation la plus concrète de la pensée métaphysique.